Ma pratique se construit autour de la représentation du temps. Je cherche un temps palpable, si lent, si présent, qu’il semble habiter l’espace. Il est lié pour moi à une sensation, celle d’être immergée dans une ambiance jusqu’à m’y oublier. Cette recherche s’ancre pour moi dans un désespoir de la jeunesse. On se renferme dans la mélancolie, face à un monde qui nous échappe. J’incarne alors un déni de la «réalité». Je cherche des espaces de refuge, attirée par le silence des espaces souterrains. Dans ces espaces de liberté, le temps est suspendu, on s’engouffre dans un vide. Je me fonds dans ce silence hypnotisant et y disparais. Il y a dans les profondeurs de l’obscurité une impression d’engloutissement, puis je vais trouver là de la lumière, un monde à part. Dans l’exploration, comme dans la création, règne une même pulsion d’oubli de moi-même, pour n’exister qu’à travers ce qui m’entoure : l’espace de liberté d’un lieu en marge ou la plaque devient une atmosphère dont m’imprégner. Ma pratique se nourrit de ces lieux, elle survient comme une nouvelle temporalité. Cette étape de réalisation plastique, absorbée dans l’espace de l’image en construction, est une façon presque méditative de me réapproprier mon temps. Mes œuvres sont autant d’invitations à faire une pause, contempler le vide. Avec la gravure, j’aime multiplier les étapes, gratter l’aquatinte, en poser une autre, revenir chercher au brunissoir du détail, du volume. Le travail de la matière me rapproche de l’expérience des lieux représentés. Quand je creuse et gratte le métal grainé de mon aquatinte j’ai la sensation d’en gratter les murs, chaque fissure dessinée dans une pierre plonge plus profondément cet espace en ruine.
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