Mon travail de gravure est avant tout intimement lié au dessin. Celui-ci, avant et pendant l’incision de la plaque, est essentiel, car il porte la vérité du propos. Mes images parlent du vertige : je dessine des instants suspendus, des moments désarrimés du monde, quand tout est clos mais que le sol se dérobe quand même sous nos pieds. Le corps et le temps se fondent dans les matières en mouvement. Le monde circule dans l’immobilité de la plaque, copeau après copeau, sans peur de la brume, de la douleur et des pincements au cœur. Parler de ma pratique de la gravure est aussi pour moi parler de la rencontre avec le burin. C’est un outil que j’ai découvert seul mais qui m’a relié aux autres graveur.e.s. et m’a apporté une sensation de vérité au bout des doigts. Il me questionne et fait évoluer sans cesse ma façon de dessiner. Le dessin n’est plus déposé, mais creusé lentement dans le métal. C’est ce contact direct avec la matière que je recherche, ce rapport physique avec la plaque, si lent et si doux, qui fait éprouver chaque geste consciemment. Chaque trait se met à la fois à exister seul, avec son début, son chemin, sa fin, et à la fois à exister avec les autres dans le mouvement, comme une nuée d’oiseaux.
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