La gravure pose sans cesse le défi de l’humour dans la représentation, tant par le détail que le sujet traité. C’est donc par là que passe le plaisir que j’ai de composer et produire des images. Je me sens conduit, peut-être emporté, malgré moi, par la dimension sarcastique et populaire que le support gravé a toujours charrié dans l’histoire. Rembrandt l’utilisait pour montrer des loqueteux qui urinent, les révolutionnaires des têtes de nobles sur des piques. Je conçois l’image gravée comme un pistolet à bouchon, une arme inoffensive, une joie momentanée de renverser le rapport de force, de vilipender ceux qui exercent le pouvoir à travers des scènes. Il y a dans les gravures de la fin du XVIIIème siècle un aspect prométhéen, une recherche de l’émancipation et du meilleur qui passe par la représentation dégradante de l’adversaire. Je me sens porteur de cet élan qui vise autant à exalter qu’à condamner. Aussi, la gravure possède selon moi une fonction, celle de cibler et de brocarder, tel un bulletin d’agitation. Il s’agit d’être à la fois précieux et potache, d’user d’une débauche de moyens au service d’un pied-de-nez ou d’un camouflet.
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